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Une prise en charge pas comme les autres...

27/01/2017
Témoignages
ambulancier intervention

1H10 du matin, le SAMU nous déclenche pour une jeune fille de 16 ans qui a tenté de se défenestrer, la police est sur place...

1H30, nous arrivons, une éducatrice nous met au parfum tout de suite, c'est un centre pour jeunes filles placées par l'aide sociale, entre 16 et 17 ans, elles n'ont peur de rien, ne craignent personne, et sont ingérables depuis minuit. Elle nous la fait courte, deux groupes de filles veulent en découdre sérieusement, 4 sont enfermées dans une chambre, barricadées avec un bureau, fenêtres fermées et toutes les autres (une petite dizaine), sont derrière à les intimider, les insulter jusqu'à ce qu'elles sortent.

On arrive à l'étage en question, le directeur en personne nous reçoit dans son bureau, il est clairement dépassé par la situation et ne sait plus quoi faire, je lui explique que l'on va faire du mieux qu'on peut tout en le rassurant. Une poignée de main aux policiers, les mecs ont l'air fatigués, dépités, ça fait 2h qu'ils sont là, à subir les insultes des filles, les menaces sans pouvoir bouger le petit doigt.

Tout l'encadrement est présent, c'est à dire 4 éducatrices, 2 éducateurs + le directeur, les 3 policiers et nous 2, nous sommes donc 12, mais pas assez pour faire face à leur violence, on doit subir aussi tête baissée en essayant de temporiser. Déjà 40 minutes viennent de s'écouler, on arrive à rentrer en contact par téléphone avec une des filles retranchées dans la chambre, elle nous dit que sa copine ne va pas bien, qu'elle est sur le point de faire un malaise, on se réunit rapidement dans le bureau du directeur pour savoir ce qu'on fait, est-ce qu'on enfonce la porte ? Est-ce qu'on attend encore un peu ? On décide de rentrer en force mais d'appeler plus de bras, un renfort pompier est déclenché. 20 minutes se passent le temps qu'ils arrivent et leur arrivée faire sensation, les filles dans le couloir descendent leur mettre la pression, j'en profite pour tenter une approche avec les filles retranchées dans la chambre, je frappe, fort, "les filles laissez-nous entrer, c'est les ambulanciers", on entend le meuble derrière la porte bouger, la clé tourner, elles nous ouvrent, on rentre, elles referment aussitôt, elles sont apeurées, l'une d'entre elles ne se sent pas bien, mais c'est moins grave qu'il n'y parait..

Entre temps derrière la porte c'est la foire, ça tambourine, les filles essaient de forcer, mais ça tient, on reste facilement 30 min dans la chambre, l'air est irrespirable elles ont tout barricadé. Puis on entend dehors des cris, d'hommes, de femmes, de filles, une jeune fille à tenter de sauté par la fenêtre du 1er étage, un pompier l'a rattrapé à temps (ouf).

Deux d'entre elles sont emmenées de force par la police au commissariat, ça calme le jeu, on ouvre la porte, les éducatrices prennent notre relais avec les filles dans la chambre. On sort, les policiers sont partis, reste les pompiers, tout le monde est fatigué, mais le plus dur reste à faire, emmener une jeune fille de force qui à le morphotype d'une judoka dans la catégorie reine. Le SAMU nous a dit que c'était à nous de l'emmener, nous ne sommes que deux. Tant pis on redéclenche le 17, on les attend, 30 min passent, pour au final nous dire qu'ils ne viendront pas... Là le stress monte, ok on est tout seul, bon, on va s'en débrouiller avec les pompiers.

Finalement, après négociation avec un des pompiers et la jeune fille en question qui au passage est passé d'une agressivité sans nom aux larmes d'enfant, monte avec nous, sans se faire prier, le plus dur est fait, la route se passera très calmement.

Une belle intervention qui me fait aimer mon métier rien que pour des moments comme ça.

Merci de m'avoir lu.

 

Tony N.