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Une prise en charge qui restera gravée

24/02/2017
Témoignages
Une prise en charge qui restera gravée

Hier, nous sommes appelés pour nous rendre au domicile d'une dame de 82 ans pour une consultation à l'hôpital. Nous arrivons chez elle, on descend de l'ambulance, ne connaissant pas cette patiente nous y allons avant sans matériel pour un simple repérage des lieux. On sonne, pas de réponse.. Mon collègue toc à la porte, toujours pas de réponse.. On commence à se poser des questions, mon collègue frappe à la porte et nous entendons vaguement, "entrez" !

Lorsque nous entrons quel fut notre stupeur en voyant l'état des lieux... "Madame" ? "Oui je suis là haut vous pouvez monter" ! Nous avançons tant bien que mal parmis les détritus de toute part jonchés sur le sol. L'odeur nauséabonde nous prend les tripes.. Nous nous retrouvons devant un spectacle  incroyable d'insalubrités. On se regarde avec mon collègue et on se dit dans quel état doit être l'étage..

Nous traversons la salle à manger ou absolument toute une vie y est empilée. Un vrai bazar. Nous arrivons en bas des escaliers, on monte.. "Madame" ? "Je suis là" ! Lorsque nous arrivons dans la chambre nous voyons absolument tout ce qu'un être humain normal serait choqué de voir. Un petit bout de femme vivant dans un endroit insalubre, renfermé, une literie dans un état lamentable, une chambre qui lui faisait office de petit appartement. Je suis pris de hauts de coeur et me dirige tout de suite vers la fenêtre pour ventiler. Je préviens la patiente de ce que je fais et elle me répond : "Si ça ne vous dérange pas je veux bien oui merci". D'un coup je me suis dit ok elle ne doit pas avoir de famille c'est pas possible.." On ouvre les rideaux en même temps pour faire rentrer la lumière. On se présente auprès de la dame.. "Bonjour mes enfants excusez moi pour tout ça je suis honteuse" "Non pas du tout Madame ne vous en faites pas.. Vous vivez seul" ? Oui depuis que mon mari est parti il y a 10 ans...

Nous discutons un peu et nous lui demandons si elle est bien au courant qu'elle doit avoir une consultation à l'hôpital et nous répond que oui. Mon collègue part chercher la chaise et pendant ce temps là je lui explique comment les choses vont se passer. Avant de l'installer sur la chaise portoir, on s'aperçoit très vite qu'elle ne pourra pas aller à sa consultation dans cet état. Nous décidons donc de lui changer sa chemise de nuit et de lui donner une légère toilette avec gant et eau tiède. Elle était terriblement gênée : "Merci mon enfant me dit-elle.." je l'ai regardé et lui ai sourit. Une paire de chaussette, un gilet, manteau, chaussures et nous descendons les escaliers.

Voyant l'état de sa maison elle nous dit qu'il va peut être falloir qu'elle s'occupe de tout ça un jour ou l'autre en rigolant.. Mais on a bien compris qu'elle ne le pouvait pas. Difficulté à se déplacer, algique, mal voyante, je me demande dans ma tête comment le maintien à domicile peut encore se faire.. On apprendra par la suite que la plupart de sa famille vit dans le sud et qu'il est prévu qu'elle déménage dans peu de temps. On l'installe sur notre brancard et on part pour le CHU. 

A l'arrière je prend ses renseignements administratifs ce qui permet d'engager le dialogue. Je lui demande sa date de naissance elle me répond : "Vous êtes de la police" ? Son numéro de téléphone.. "Vous voulez m'inviter à dîner ? Ok j'ai affaire à un sacré petit bout de femme qui a encore bien toute sa tête ? 

On papote un peu pendant le trajet mais je sens bien que la fatigue commence à se faire ressentir. J'appelle ma régulation pour savoir si on peut dans le meilleur des cas rester sur place pour lui éviter toutes manipulations inutiles. Coup de chance, petit creux dans le planning. La consultation se passe plutôt vite, le personnel de l'hôpital à pris en compte ma demande et à fait le nécessaire pour qu'elle puisse passer en priorité. Nous en avons profité pour prévenir dans quelle situation cette dame pouvait vivre.

Nous repartons 30mn après pour son retour, nous arrivons chez elle, on la monte dans sa chambre, on lui installe le peu de confort qu'elle puisse avoir et au moment où on s'apprête à lui dire au revoir elle insiste pour nous embrasser. Ce que nous acceptons bien évidemment. Une bise de grand mère comme on les connaît toutes et nous dit :"merci pour tout mes enfants, vous êtes des amours"..

Nous repartons avec ce sentiment d'impuissance fasse à cette réalité implacable qu'elle accepte.. Une triste réalité qu'elle n'est pas seule à vivre malheureusement..

Tout cela pour dire qu'il ne faut jamais prendre nos personnes âgées pour ce qu’elles ne sont pas. Dans chaque corps vieillissant habite un esprit qui veut rester jeune, même si leur corps ne fonctionne pas aussi bien qu’il le faisait auparavant.

Être ambulancier c'est être humain ; humain quel que soit l'âge, le sexe, les croyances ou les origines de nos patients. C'est être professionnel dans nos moindres faits et gestes et c'est surtout se mettre à la place de toutes ces personnes les plus démunies, qui attendent chaque jour que la souffrance fasse place à l'apaisement.

Sandrine M.